Ma rencontre avec Monsieur cent mille volts !
La première rencontre
Je devais avoir onze ans lorsque je suis allée voir Gilbert Bécaud en concert pour la première fois, se souvient Nathalie Danaux. Maman, qui était une fan de la première heure, m’a emmenée au Théâtre Royal de Liège. Je me souviens être montée sur scène pour lui offrir une rose, à la fin de son spectacle. Impressionnée, je suis repartie en courant, rejoindre ma place. Gilbert a bien tenté de me retenir, mais sans succès. Il s’est ensuite adressé au public en disant : « Elle est partie… ! ».

L’amitié qui se tisse
Les années passent, nous ne manquons aucun de ses passages en Belgique. À partir de treize/quatorze ans, je commence à écrire des textes que je lui soumets. Contre toute attente, il semble interpellé et me fait ses commentaires. Il m’appelle son « bébé poète ».
Nos rapports deviennent de plus en plus amicaux. Il me communique son adresse et son numéro de téléphone en me disant que je peux l’appeler quand je veux. Dès que j’en ai la possibilité, je pars le rejoindre en Belgique, au Luxembourg, en France, en Allemagne.
J’assiste aux répétitions, aux interviews, aux enregistrements télé et radio. Parfois, je suis dans les coulisses auprès d’Eric Jutard pour lui tendre un peu d’eau ou de whisky, sans oublier l’inévitable cigarette sur laquelle il tirait tant et plus.
Un apprentissage privilégié
C’est en vivant ces heures privilégiées à ses côtés que j’ai le plus appris. De temps en temps, je lui fais part de mon envie de faire ce métier, il ne m’encourage pas particulièrement, mais reste attentif à tout ce que je lui soumets.
Il charge notre ami commun Robert Sprengers – proche de Louis Amade – rencontré lors d’un de ses spectacles au Casino de Knokke – de veiller sur moi. Robert ne manque pas de faire, il est mon pygmalion jusqu’à son décès en février 1998.

La scène partagée
De mon côté, je commence à chanter de plus en plus, j’enregistre mes chansons en studio avec André Pinchart, mon compagnon, compositeur et arrangeur et nous en faisons part à Gilbert. Il n’est pas rare qu’il nous appelle pour nous encourager (je possède encore deux enregistrements pris sur le répondeur, je n’ai jamais pu les effacer).
Jusqu’au jour où il m’annonce qu’il souhaite me donner un coup de pouce, en m’incluant dans son spectacle lors de son prochain passage en Belgique – qui sera également le dernier -, au Cirque Royal de Bruxelles. Quelques semaines avant, je me rends sur la péniche pour répéter et faire le choix des deux chansons (mes créations) que je vais interpréter. Le jour du concert, il est aux petits soins et semble plus stressé pour moi que je ne peux l’être.
Au milieu du concert, il me présente au public belge, je me produis devant deux mille six cents personnes. Cette soirée reste gravée à jamais dans ma mémoire.
Héritage & hommage
Aujourd’hui, le spectacle continue. Je sais que Gilbert est là-haut et qu’il veille. Je ne manque pas de le chanter et, avec André, nous lui avons écrit une chanson intitulée « Toi, mon maître, mon ami ». Ce titre figure sur mon album « L’indifférence », où j’ai également réorchestré l’un de ses morceaux emblématiques. C’est ma manière de prolonger son héritage et de témoigner de l’influence qu’il a eue sur mon parcours.
Références
D.R. « Gilbert Bécaud, quinze ans déjà », version 2016 de « Gilbert Bécaud, jardins secrets » (A. & B. Reval, préface de Pierre Delanoë, France Empire) et de « Bécaud, l’homme à la cravate à pois » (B. Reval, préface de Gilbert Bécaud, Editions du Voyage). Extrait. Texte intégral sur Facebook Bernard Reval.

